10.11.08

Makeba, là-bas...

Je n'avais pas vraiment l'intention de faire dans l'événementiel. Mais quels événements!
Obama par-ci
Mama Africa, par-là...
Tout là-bas, si loin, trop, encore une fois.
Comme emportée par le lasso de l'exile.
Les ailes de l'Hermès ne fatiguent ni meurent et Zenzile Miriam Makeba était encore en train de claquer de la langue pour la bonne cause. Le coeur... Trop gros.

Les ailes et les épaules, trop larges. Mama Africa, l'exile, Harry Belafonte, le disours devant les Nation Unies, la CIA et le FBI, le Grammy Awards, l'opéra King Kong, les vestes en cuir Noir des durs de durs de la cause Afro, la France qui l'honore et la black-list, des albums, des albums et des albums, des concerts, des concerts et encore des concerts, la beauté, pardon, la BEAUTÉ, la VOIX, celle d'un peuple, immortelle, électrisante comme tous les claquements de la langue Xhosa, la force, la Rage mais pas la Haine, etc, etc, et Pata Pata... Miriam Makeba.

Mes parents on appelé ma soeur aînée Myriam après avoir vu et entendu Mama Africa à l'Olympia. Mon padre s'était même faufilé backstage histoire de "toucher" la Madone d'ébène. Les années 60. 69... Je sais que ma famille a le chagrin au coeur. Un pincement en tout cas...

Ici ça tape ou ça fait mal: aux tripes.
Quand je l'ai vue, entendue, pour la première et dernière fois sur scène. Ici à Jozi. Civic Theatre, il y a trois ans. C'était aussi l'été, il avait plu à la sortie du concert, les applaudissements des cieux, un bel orage d'été à Joburg, tonnerre symphonique, l'air était saturé du parfum des jacarandas en fleur, Makeba chantait avec le Joburg Philharmonic Orchestra. C'était "le concert d'adieu", à la scène, de ce qui se disait...

Et moi, je me disais que c'était une bonne chose: elle était là, devant moi (j'étais à proprement parlé au premier rang), Miriam MAMA AFRICA Makeba, toute en chair, en puissance docile et en espièglerie époustouflante, le charme, la BEAUTÉ... d'une femme qui avait porté une croix pendant 73 ans, vu le diable lui planter son regard de haine au fond des pupilles, le Nègre saigné à Blanc, et dont les veines gorgeaient de ces poisons qu'on appelle JUSTICE et LIBERTÉ!

Elle était donc fatiguée, Mama Africa, du Nord au Sud et d'Est en Ouest. Comme le Contient... (une pensée aux amis Congolais).

T'as vu, je fais dans l'événementiel... Je voulais vous faire de la news de journaleux à la mord-moi l'noeud et vous balançant du terrain avec le Wanted Posse à Jozi, du scoop avec le projet de collaboration entre Tumi sans ses Volume avec Danyel Waro, du voyage avec le première édition du festival I Love Jozi à la Réunion, du gossip avec le flop du concert jobourgeois d'Abdullah Ibrhaim vendredi dernier, mais... quels événements! Obama casse la baraque par-ci, Miriam Makeba met les voiles par-là
S'en va
Là-bas
DE là-bas, en pays froid,
Ici, on attendra toujours son retour.

Alger, 1971, Miriam Makeba et son époux de l'époque, Stockley Carmichael: Black Power!
Stockley était arrivé en troisième position.
Pas mal de mâles sur la liste!
Plus bas, à droite, le deuxième à lui passer la bague au doigt: la fameux trompettiste Hugues Masekela. Gazin' in the Grass...
Je ne peux m'empêcher de penser à une autre liste: apres Miriam, à qui le tour? Bra'Huges, Abdullah Ibrahim, Letta Mbulu, Philip "Doctor Malombo" Tabane... Nelson?
La question serait plutôt: "et qui va assurer la suite?"
(ici on attend fermement le nouvel album solo de la diva delurée Thandiswa Mazwai du méga trio Bongo Maffin... Vous ne connaissez pas Thandiswa??? Allez donc jeter une oreille sur "Article 3", le titre numéro 8 de The World Has made Me The Man Of My Dreams, le derneir Meshell Ndegeocello...)


Pour finir en beauté, en bas, là-bas, cette fameuse BEAUTÉ cuire de Miriam Makeba. La photo culte de Jürgen Shadeberg, le photo-reporter intrépide de Drum Magazine, avant de devenir lui-même un photographe culte. Nous sommes en 1955: Makeba époque Sophiatown, du nom de ce quartier disparu, sorte de swinging arera où Noirs, Blancs et sexualités diverses se mélangeaient (un peu trop pour The Man) sur fond de ce Jazz Marabi dont la jeune Miriam était déjà la reine. La même année, non sans une résistance mémorable (d'ou naquit le slogan historique 'We Won't Move"), Sophiatown fut rasée et ses 65 000 Nègres furent déplacés à des kilomètres au sud-ouest de Jobourg dans de jolies petites maisons de la taille d'une boite d'allumettes, les Match Boxes: la genèse du South West Township, plus connu sous le nom contracté de SOWETO.
Makeba sera bientôt Black listée et menacée par le régime apartheid, le départ s'annonçait.
Déjà...








Zenzile Makeba Qgwashu Nguvama
4.III.1932-9.XI.2008

5.11.08

OBAMA BLUES...

Rosa Parks sat so Martin Luthr King could walk…
Martin Luther King walked so Obama could run...
Obama is running so our children can fly!


Je trouve que ça résume pas mal l’état d’esprit.
Faut voir les sourires, ici, à Jozi.
En particulier ceux des amis Kenians…

Fallait bien que je balance du Noir et Blanc,
Chaud et froid. Fierté, vertiges de ces années de sale Nègre qui s’enroulent en tourbillon et font une écharpe, de celle que l'on porte en bandoulière, comme le AK47 ou l’étendard d'un vainqueur. ON a gagné…


Too Old to Die: la fin de la dite "Guerre Froide", le Mur de la Honte qui s’effondre, Mandela sort de tôle et se fait élire Président de la République d’Afrique du Sud dans la foulée, et pour rester dans le territoire, dans un peu plus d'un an: la première Coupe du Monde de Foot sur le sol Africain! Tonton meurt... Les Bleus, en l’occurrence plutôt marrons, se la tapent, en apothéose, justement, cette Coupe du Monde; transe d'une autre civilisation lors d'une éclipse totale en Technicolor à deux heures de Paris, les Vieux deviennent vieux, les soeurs ont le ballon, certains frères portent déjà le costard, en sapin, on change de siècle. Les Twin Towers explosent en Mondiovision, partout c'est la Guerre, Jean-Paul passe l’arme à gauche, mon pote Bizot aussi, et… Attends, et maintenant, aujourd’hui, un Nègre est élu (sans l’ombre d’un “Miami Vice”) Président des Etats-Unis? Attends un peu là, ça va trop vite! Tout ça dans ma vie… Une vie, nos vies, et celles de nos enfants, et de nos parents, et des leurs, ces parents pour qui la route fut, comme dirait l'autre, "comme une queue de Negro: longue et pénible", une vie passée à la faire, cette queue, dans le trou Noir de la file d'attente des doléances infinies du peuple invisible, pour sortir de la grotte, descendre de l'arbre et enfin (pou)voir élire un Président NOIR à la tête de cet État raciste, Vaisseau Entreprise d'une traite en triangle qui achemina sur cette Terre Promise, entravés dans des cargos sillonnants sur les gouffres amers d'un autre siècle, leurs aïeuls Africains: Blues People... La phrase est longue.
Normal, ON vient de loin.

Et ON ira jusqu’au bout, Armed Love...

Car y’a deux guerres pas très jolies à nettoyer, pour ne citer qu’un bout du pain noir qui attend sur la planche, que l'on sait en plus savonnée… J’étais pas là quand il a construit les ghettos, ni quand il a buté JFK, encore moins quand il a marché sur la Lune, et cela va sans dire pour le jour où il a fait pleuvoir de la dope, sur ces ghettos...

Avec deux siècles qui poussent dans le dos, ON peut aller loin.

Car ON vient de là, tu sais... Mais si, souviens-toi: ON descend de la branche, NOUS les Nègres



7 Août 1930: les Strange Fruits qui pendent à la branche de cet arbre de la ville de Marion, dans l'Indiana, USA, sont bien sûr Thomas Shipp et Abraham Smith. À cette époque autant dire "X et Y". Ici, lorsque que "la saine séparation" régnait, ç'aurait pu être "Collin Nkosi et Clifford Tsabalalah", deux Nègres comme tous les Nègres, lynchés comme on se doit d'abattre le chien enragé... Ou par défoulement.
Les noms des Blancs de cette foule-ci, sur la photo, sont beaucoup moins connus.

Il y a désormais un nom de plus qu'on n'est pas prêt d'oublier, en tous cas:
Obama.
Président Obama.
Jozi-Washington DC
ON est là!

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