26.10.08

Odeurs de Sainteté


On continue dans l’instantané, celui-là, je l'ai pris ce matin, dans une rue en bas de chez moi. Juste histoire de contre-balancer avec celui, un peu gris, du post précédent: c’est l’été à Jozi!!! Et il n’y a pas que le soleil qui brille…

Dimanche, Jozi, la flamboyence est de sortie, des terrains de foots aux églises en passant par les bars où l’on se pile le cerveau à la bière ouvrière, à flot, éclatante comme ces jaillissements de jacarandas et leurs touffes violettes qui éclaboussent de partout sur Joburg la verte (ici, le haut de Harley Street-Yeoville) . Les sunday papers sont épais. Les parcs centraux d’Emmerentia et de Zoo Lake embaument d'odeurs de boeuf et de porc et de poulet et d’agneau grillés, vins-bière-cidre-whisky-et-autres-alcools accompagnent, idem à des kilomètres où les chissa niama (littéralement “chauffe-ta-viande” en zulu, échoppes où l’on achète sa viande et la grille sur place, avec un bar, un grand parking ouvert, et un gros son deep'n'local house balancé par un Dj ou directement depuis le sound system surgonflé d’une bagnole) pullulent dans les Townships, de Soweto au East Rand, de Tembisa à Alex’…
Braai( "griller", en afrikaans)… La culture barbecue sudaf’, l'image du conquérant (envahisseur) intrépide en bivouak dévorant sa grosse tranche de viande de springbok grillée entre trois cailloux, c'est un des piliers de la Zuit Afrikaan Nation lègué par le Great Trek Boers des années 1830-40... soit dit en passant.
C’est marrant, le Wanted Posse, le crew de Break-dance de Marne-la-Vallée est en ville, genre “voyage aux sources”, de passage pour quelques jours à Jobourg pour apprendre les danses Pantsula et Gumboots, se connecter, et puis se faire plaisir, je crois… Ils m'ont donc appelé, et aujourd’hui ils payent leur braai.
J'hésite. Envie de rester au vert, dans le violet des jacarandas et je me laisse bercer par les transes des disciples African Independant Church qui viennent s'agenouiller dans la poussière du terrain vague d'à côté de mon immeuble pour prier, chanter, exorciser, à l'air libre

Finalement, le dimanche, à Jobourg, c'est un peu comme un condensé de la fameuse "Libération".
Parce que c'est toujours nécessaire...
Dans le terrain vague de la colline de Yeoville accroché au dessus du ventre de Jozi, en bas de chez moi, on se libère des démons à grands cris vomis animistes en se fouétant le visages à jets d'eau bénite. Dans les braai, les chissa niama ou les tripots, c'est pareil, on se fouette la tronche pour chasser la rage pernicieuse à litrons de booze (joli nom anglais pour dire "alcool"), et rugissant sur fond de house musique ou dans le vrombrissement de la solitudes des âmes cassées par une semaine de labeur d'antant. Le patron pavane, et l'ouvrier se remet, l'employé se dégrise, vu que les choses n'ont pas vraiment beaucoup changé, le jour de fermeture de Jozi l'usine, on décharge-recharge comme on peut, joie des croyances éthyliques, sportives, carnivores, divines.
On relâche, le dimanche, à Jozi, de partout, âmes et corps. À la télé, chaînes publiques, foot local PSL et catch américain WWE. Bon dimanche Jozi... Finalement je vais peut-être y aller, à ce braai avec les gars du Wanted...

24.10.08

SO FAR, SO GOOD...


J'ai shooté cette photo dans l'après-midi, en bas de chez moi, en rentrant du boulot: je me suis dis que c’était le bon moment pour lancer mon blog. Pour vous, Maman, Papa…

Pas vraiment le temps d’écrire, les photos et des sons qui s’emmagasinent, journaliste-anthropo-gonzo à Jobourg, Joboum! souvent, Jobeurk! parfois. Des rencontres à tour de bras, des litres de sueurs sur les dance-floors ici et là, et de salives, et poussières, dans les townships ou dans les moquettes des sphères éthérées de l’entertainment industry...
Jobourg n'est pas bourbier, le ciment prend vite, la terre ocre disparait sous le béton-goudron, des ablums sortent à la pelle, des chanteurs-présentateurs-radio-télé roulent en Rolls et on ramasse les artistes fausses-couches au camion poubelle. Bouygues et consorts construisent des stades et des Gautrain ultramodernes, les flics joue de la raquette le longs des routes et les coupures d’eau et d’électricite sont chroniques, on fume le dagga dans du papier journal, les gamins mendient aux pieds d'immeubles manhattaniens flambant neufs, on transforme les églises en refuges, pour refugiés, qui arrivent chaque jours par centaines, car on se fait aussi des millions de Rand, en un jour, à Jobourg, South Africa, Mzansi, province: Gauteng, litteralement "Le pays de l’or"... Les Conquistadores disaient "El dorado".
Sawubona South Africa, unjani!? Comment va, South Africa?
Jozi! Vite dit, comme une claque! Coups-de-feu-sirènes-de-police-ambulances-pompiers quotidiens, les hélicoptères cadrillent, dans “L’enfer de Johannesbourg” (M6, Bernard de la Villardiere – Septembre 08, http://www.dailymotion.com/video/x6yfff_enquete-exclusive-dans-lenfer-de-jo_news, un grand moment de propagande pur porc) et, au même moment, dans le même élan, coups de surin dans les tripes des dance-floors à l’autre bout du monde: les oreilles aiguisées du label Warp dégottent le “Township Funk” de Mujava qu’on a presque oublié ici, coup de vent média, six mois après les "Townships Riots" anti-immigrés qui ont fait deux douzaines de morts à Jobourg ainsi que des dizaines de milliers de déplacés (qu'on a eux aussi quasiment oublié), les fesses à franges fluo européennes s’affollent soudain sur le son made in Mzansi's ghettos.
Je me suis dit qu’il fallait que je dise mon mot…
Mes maux et mes émotions.
Cinq ans de terrain Jobourgeois, ça laisse des cicatrices dans l’âme et sur la tronche, et une usine de baume dans le coeur.
Je me présenterai plus tard…
Revenons à la photo. On est sur le haut de la coline de Yeoville, où je vis, mes quartiers, au fond, sous le ciel bas et lourd, Berea, Hillbrow et le CBD, Central Business District, "Downtown" comme on dit, “L’Enfer de Johannesbourg” comme vous dites…
La tour ronde, c’est Ponte Tower. Légende urbaine sur 54 étages cylindrique creuse en son centre. Je vous ferai la visite, ça vaut le détour, le plongeon.
Le type, en bas, à gauche: “Il est tombé”, m’a dit la Police. Le bandage à la tête, ce sont les flics qui lui ont mis, en attendant le brancard, “parce que la tête, ça pisse le sang!”
Il a fait un malaise et il s’est vautré, quoi! Comme ça peu arriver, à Jozi, quand t’as plus rien pour t’accrocher…
Et il est en vie!
Comme nous tous ici, Maman, Papa…
On aurait pu penser qu’il s’était fait buter. Au couteau, au flingue, à coups de pierre, de bâton, ou de tessons de bouteille, une bagnole qui le tampone, tourne-vis, stangulation et j’en passe, parce que tout ça, les faits divers en tous genres avariés, ça arrive tous les jours, plusieurs fois par jours, presque partout, à Jobourg, Jozi la Crazy: dans mon quartier, à Yeoville, un peu plus à Hillbrow et Berea, dans les Townships, Alex-Soweto-Tembisa et consorts of course, et pas de dispense pour les golden ghettos du nord de la ville (Sandton, le quartier le plus riche de Jobourg et certainement de toute l’Afrique, est évidemment au top du classement des quartiers les plus cambriolés de l’agglomération).
La police est là. Les services médicaux sont juste derrière. Ce clochard qui a fait un malaise sera embarqué au Joburg Public Hospital 3 minutes plus tard. C’est un bon chrono pour un clodo qui s’effondre comme-ça-tout-seul dans un des quartiers les plus craignos de Jozi.
Donc tu vois Maman, tout va bien… On est en de bonnes mains…
Et la Coupe du Monde aura bien lieu en 2010, et Jacob Zuma sera bien élu président de la République Sud Africaine en 2009, et l’Universal Church of God continuera à construire des églises grandes comme des stades olympiques dans les ghettos.
Ne vous inquietez pas les parents: je vous raconterai tout ça, je vous raconterai mon Jobourg, branché et déglingué, dantesque et utopiste, de la mort à l'amour, avec du son pour les yeux, des images pour les oreilles, et je ferai les présentations pour celles et ceux qui ne me connaissent pas.
Bienvenus à Jobourg Papa, Maman, bienvenus dans mon univers: celui d’un frenchy affranchi et pas avachi qui vit à toute vitesse et énergie la tête dans les étoiles et les pieds dans la lie d'une ville bâtie sur les fondations la folie.
Drive me, baby, drive me crazy! Jozi Town, Joburg City!!! De jour comme de nuit, cahiers d'un retour à l'état bestial depuis Jozi...

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