On continue dans l’instantané, celui-là, je l'ai pris ce matin, dans une rue en bas de chez moi. Juste histoire de contre-balancer avec celui, un peu gris, du post précédent: c’est l’été à Jozi!!! Et il n’y a pas que le soleil qui brille…
Dimanche, Jozi, la flamboyence est de sortie, des terrains de foots aux églises en passant par les bars où l’on se pile le cerveau à la bière ouvrière, à flot, éclatante comme ces jaillissements de jacarandas et leurs touffes violettes qui éclaboussent de partout sur Joburg la verte (ici, le haut de Harley Street-Yeoville) . Les sunday papers sont épais. Les parcs centraux d’Emmerentia et de Zoo Lake embaument d'odeurs de boeuf et de porc et de poulet et d’agneau grillés, vins-bière-cidre-whisky-et-autres-alcools accompagnent, idem à des kilomètres où les chissa niama (littéralement “chauffe-ta-viande” en zulu, échoppes où l’on achète sa viande et la grille sur place, avec un bar, un grand parking ouvert, et un gros son deep'n'local house balancé par un Dj ou directement depuis le sound system surgonflé d’une bagnole) pullulent dans les Townships, de Soweto au East Rand, de Tembisa à Alex’…
Braai( "griller", en afrikaans)… La culture barbecue sudaf’, l'image du conquérant (envahisseur) intrépide en bivouak dévorant sa grosse tranche de viande de springbok grillée entre trois cailloux, c'est un des piliers de la Zuit Afrikaan Nation lègué par le Great Trek Boers des années 1830-40... soit dit en passant.
C’est marrant, le Wanted Posse, le crew de Break-dance de Marne-la-Vallée est en ville, genre “voyage aux sources”, de passage pour quelques jours à Jobourg pour apprendre les danses Pantsula et Gumboots, se connecter, et puis se faire plaisir, je crois… Ils m'ont donc appelé, et aujourd’hui ils payent leur braai.
J'hésite. Envie de rester au vert, dans le violet des jacarandas et je me laisse bercer par les transes des disciples African Independant Church qui viennent s'agenouiller dans la poussière du terrain vague d'à côté de mon immeuble pour prier, chanter, exorciser, à l'air libre…
Finalement, le dimanche, à Jobourg, c'est un peu comme un condensé de la fameuse "Libération".
Parce que c'est toujours nécessaire...
Dans le terrain vague de la colline de Yeoville accroché au dessus du ventre de Jozi, en bas de chez moi, on se libère des démons à grands cris vomis animistes en se fouétant le visages à jets d'eau bénite. Dans les braai, les chissa niama ou les tripots, c'est pareil, on se fouette la tronche pour chasser la rage pernicieuse à litrons de booze (joli nom anglais pour dire "alcool"), et rugissant sur fond de house musique ou dans le vrombrissement de la solitudes des âmes cassées par une semaine de labeur d'antant. Le patron pavane, et l'ouvrier se remet, l'employé se dégrise, vu que les choses n'ont pas vraiment beaucoup changé, le jour de fermeture de Jozi l'usine, on décharge-recharge comme on peut, joie des croyances éthyliques, sportives, carnivores, divines.
On relâche, le dimanche, à Jozi, de partout, âmes et corps. À la télé, chaînes publiques, foot local PSL et catch américain WWE. Bon dimanche Jozi... Finalement je vais peut-être y aller, à ce braai avec les gars du Wanted...